Lionel Jospin, l’ex-Premier Ministre socialiste de cohabitation entre 1997 et 2002, est mort à l’âge de 88 ans. Les louanges pleuvent sur ce social-démocrate dont la droiture supposée est mise en avant. L’homme est devenu une icône d’une gauche socialiste qui ne sait plus trop où elle en est.
Pourtant, le parcours de cet homme est plus ambigu qu’il le paraît. L’affiliation passée de Jospin à l’Organisation Communiste Internationaliste, un mouvement extrémiste, nous est souvent présentée comme étant une erreur de jeunesse. Pourtant, sous ses apparences de modéré, l’ancien Premier ministre restait au sein du Parti socialiste un crypto-trotskiste.
Rappelons que le trotskisme a pour idéal la révolution permanente et mondiale, l’entrisme décomplexé pratiqué par les militants permettant de subvertir les sociétés dites « bourgeoises » de l’intérieur. Jospin nia longtemps son passé trotskiste, arguant d’une confusion faite avec son frère, avant de reconnaître le fait, en 2001.
A l’OCI, Jospin avait pour pseudonyme « Michel ». L’organisation révolutionnaire était dirigée le mystérieux Pierre Boussel, dit « Pierre Lambert ». Ceux que l’on appelait les « Lambertistes » avaient la réputation d’être particulièrement sectaires, dogmatiques et cyniques ; ils faisaient preuve d’une redoutable efficacité souterraine. A l’OCI, les débats intérieurs étaient interdits et une fidélité sacrificielle était exigée des militants qui recevaient un conditionnement idéologique extrême.
Après sa sortie de l’ENA, Jospin intégra le PS à la demande de Lambert, dont il était l’une des taupes en service commandé au sein de la gauche bourgeoise. C’était l’époque du Congrès d’Epinay (1971) et de la prise en main de la SFIO par François Mitterrand qui en fit alors le PS. Claude Askholovitch écrit dans Le Nouvel Observateur du 31 août 2006, que Pierre Lambert avait chargé Jospin d’« empêcher que ce vieux parti de la classe ouvrière soit bradé à la bourgeoisie par ses nouveaux maîtres ». Jospin devait être le « gardien de la vraie foi » marxiste-léniniste parmi les embourgeoisés de la social-démocratie, « un moine soldat grimé pour la cause » précise Askholovitch qui ajoute qu’il « entra dans une double vie au nom de la Vulgate ».
En 1981, Mitterrand, que tenait son passé vichyste, devenu Président, permit à nombre de lambertistes qui l’avaient soutenu d’intégrer le PS, faisant disparaître du ministère de l’Intérieur nombre de dossiers gênants les concernant. C’était le début d’une révolution culturelle subtile dont on mesure les effets délétères dans la société contemporaine. Jospin remplaça Mitterrand au poste de Premier secrétaire du PS, entre 1981 et 1988. En 1997, il imposera à ce poste la nomination d’un possible autre crypto-trotskiste, selon Jean Nouailhac, François Hollande.
Ancien professeur, Lional Jospin devient Ministre de l’Education nationale en 1988. Dans l’Education nationale, écrit Jean Nouailhac, dans Le Point du 27 mai 2015, « il avait une double vie d’espion et de taupe ». Devenu ministre, poursuit le journaliste, Jospin « allait pouvoir déployer ses talents de manipulateur tapi dans l’ombre ». La Loi Jospin de 1989, dont l’objectif était de révolutionner le système éducatif français, réactiva alors le plan Langevin-Wallon de 1945. Ce plan d’inspiration communiste, dont la portée révolutionnaire fut grandement atténuée au temps de la Guerre froide, servait la quête d’hégémonie culturelle que menaient à ce moment le PCF.
La Loi Jospin prévoyait de substituer à la transmission des connaissances les principes pédagogiques de l’éducation nouvelle : ainsi, l’enfant mis au centre du système construirait désormais ses savoirs lui-même. Ce que l’on nomme « le pédagogisme » naissait. Les méchantes langues prétendirent que le but véritable de la réforme était, au nom de l’égalitarisme, de réduire le profond fossé culturel existant entre élèves autochtones et jeunesse d’origine allogène, au prix d’une baisse catastrophique du niveau scolaire.
Parvenu à Matignon, en 1997, Jospin gouverna avec l’aide d’une gauche plurielle qui intégrait l’extrême gauche révolutionnaire. « Il s’attaqua alors à sa grande œuvre, écrit Jean Nouailhac, détruire le capitalisme de l’intérieur avec la loi des 35 heures, l’invention la plus diabolique qu’un cerveau humain ait jamais produite pour détruire une économie capitaliste ». Certains prétendent que Jospin était tenu par Pierre Lambert (qualifié par certains de « vrai marxiste et bolchévique ») qui l’aurait menacé de faire des révélations gênantes sur son appartenance au milieu trotskiste.
Les convictions de Lionel Jospin expliquent certainement sa stupéfiante opinion concernant les crimes du communisme : du pur négationnisme. Ainsi, lors d’une question posée en 1997 à l’Assemblée nationale, à la suite de la publication du Livre Noir du communisme, il estima sans rire que le communisme « n’avait jamais porté la main sur les libertés ». Surpris par cette réponse choquante, Jean-François Revel se demanda dans La Grande parade, un essai sur le socialisme paru en 2000, si « être assassiné par Pol Pot était moins grave que d’être assassiné par Hitler », jugeant que « ce dérapage montre bien quelles extravagances peut proférer un homme intelligent et modéré lorsqu’il est en proie à la passion idéologique ».
On se souvient aussi que Jospin exprima son indifférence à l’islamisation potentielle de la France, lors de l’affaire du foulard de Creil, en 1989. « Et qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse que la France s’islamise ? », lança-t-il alors. Rigide comme un Ayatollah, l’homme aurait peut-être trouvé dans cette funeste perspective ce qu’il recherchait peut-être inconsciemment par son obsession révolutionnaire : la soumission.
« On a beaucoup glosé sur la rigidité et même la rectitude de l’homme Jospin, écrit Jean Nouailhac. L’explication ne serait-elle pas, tout simplement, celle du masque d’un homme habitué depuis toujours à un contrôle absolu de lui-même, de peur que soit découverte sa double vie ? »
Lionel-« Michel » Jospin n’aurait-il été que, ce qu’en langage populaire, on appelle un faux-cul ?